• Débarquement de Provence 15 Août 1944

     

    Débarquement de Provence 15 Août 1944

     

     

    Débarquement de Provence 15 Août 1944

     

    Le débarquement du 6 juin masque celui du 15 août dans la mémoire collective, ce 70e anniversaire de la Libération a permis de le vérifier. Or, s'il n'est que second par sa date et les moyens employés, le débarquement en Provence n'en est pas pour autant secondaire. Les deux opérations ont été conçues conjointement par les états-majors alliés. Celle de Méditerranée – « Anvil » (« enclume », en anglais) – aurait dû avoir lieu en même temps qu'« Overlord ». Elle a été décalée par manque de péniches de débarquement et pour ne pas ponctionner les fronts italiens avant la prise de Rome. Mais les Américains l'ont maintenue, contre l'avis des Anglais. Elle est essentielle pour le général de Gaulle comme pour la population et les résistants, massivement mobilisés depuis le 6 juin et qui paient un lourd tribut – des milliers de morts entre juin et août, dont près de 400 dans les seuls départementaux provençaux entre le 6 et le 17 juin –, alors qu'en Normandie les Alliés piétinent.

    L'armée allemande s'y attendait. Les attaques aériennes qui se multiplient font comprendre vers le 10 août que le débarquement aura lieu à l'est du Rhône. Des convois sont repérés. La flotte nécessaire pour « Dragoon » (le nouveau nom d'« Anvil »), la plus importante jamais rassemblée en Méditerranée, comprend 2 200 bâtiments, dont 850 navires de guerre, à 98 % américains et anglais. Partis d'Afrique du Nord, de Corse, d'Italie du Sud, ils doivent parcourir une distance bien supérieure à celle d'« Overlord ». Ils sont signalés dans la nuit du 14 au 15 août au sud de Toulon. La veille, la population du port – celle qui reste, tant il a été bombardé – a reçu l'ordre de l'évacuer.

    Le littoral provençal est tenu par la XIXe Armée allemande, dont les forces – blindés et artillerie notamment – ont été ponctionnées pour la bataille de Normandie. L'ensemble, qui ne dispose pas d'unités de réserve, est composé de troupes de valeurs inégales, avec de nombreux « allogènes » (ex-Soviétiques, Polonais, etc.) jugés peu fiables. Mais, à Toulon et à Marseille, plus d'une vingtaine de milliers d'hommes sont concentrés avec ordre de tenir. Le « mur de la Méditerranée » n'est pas terminé, mais le feld-maréchal Rommel l'a fait renforcer. Cependant, les Alliés ont la maîtrise absolue de la mer et de l'air.

    La zone de débarquement se trouve entre Bormes et Saint-Raphaël, dans le Var, sur le littoral accidenté et peu favorable des massifs des Maures et de l'Estérel. Pourquoi ce choix ? D'abord pour échapper à l'artillerie allemande retranchée à Toulon, ensuite, pour accéder au plus vite à la RN 7, l'axe majeur qui permet d'atteindre la vallée du Rhône. C'est cet objectif que vise l'opération aéroportée qui se déroule, à l'aube du 15 août, dans la vallée de l'Argens. Plus de 7 000 hommes, Anglo-Canadiens et surtout Américains, 200 Jeep et autant de canons y sont parachutés ou déposés par des planeurs autour de La Motte, près de Draguignan, dans un secteur dégagé par les Forces françaises de l'intérieur (FFI). Bien qu'un quart des parachutistes aient été largués trop loin et malgré la résistance rencontrée autour du Muy, où stationne une unité de chars, la 1st Airborne Task Force (1st ABTF) du général Robert T. Frederick parvient à contrôler le secteur.

    Dans la nuit, des commandos français chargés de sécuriser les deux ailes de la zone avaient été largués. A l'ouest, les commandos d'Afrique neutralisent la batterie du cap Nègre avant d'affronter les défenses avancées allemandes proches d'Hyères. En revanche, à l'est, à la frontière entre le Var et les Alpes-Maritimes, le Groupe naval d'assaut échoue en atterrissant dans un champ de mines.

    Débarquement de Provence 15 Août 1944

     

    Après un bombardement aérien, puis naval, intense, le débarquement commence à 8 heures du matin, ce 15 août. Il est dirigé par le général Truscott et le général Patch, commandant respectivement le 6e Corps d'armée et la VIIe Armée américains. La première vague d'assaut est répartie en trois secteurs : Alpha à l'ouest (Ramatuelle-Cavalaire) pour la 3e division d'infanterie (DI), Delta au centre (Sainte-Maxime) pour la 45e DI et Camel à l'est (Saint-Raphaël) pour la 36e DI.

    Les défenses allemandes sont rapidement submergées, sauf sur la plage de Fréjus-Saint-Raphaël, où le débarquement s'avère impossible et est détourné vers Le Dramont et Agay. Partout ailleurs, les résultats dépassent les espérances. Le 15 au soir, les Américains tiennent deux zones, l'une couvre l'Estérel, l'autre enjambe les Maures et rejoint le secteur de la 1st ABTF. Les pertes (tués, blessés, disparus) sont estimées à moins d'un millier d'hommes. Le 16, Fréjus tombe, tandis que FFI et gendarmes libèrent, seuls, Draguignan, la préfecture du Var et le siège de l'état-major du 62e Corps d'armée allemand, qui se trouve isolé. Les blindés du colonel Sudre (1re DB), débarqués à Sainte-Maxime, sont aussitôt dirigés au-delà des Maures et s'emparent du Luc le 17. Les premiers éléments de l'Armée B du général de Lattre de Tassigny, arrivés le 16 à Cavalaire-Cogolin, vont aussitôt relayer les Américains sur le Gapeau, à la lisière du camp retranché de Toulon. Au 20 août, les troupes libératrices ont fait 14 000 prisonniers. Il y en a trois fois plus le 24 août. A cette date, 190 000 hommes et 41 000 véhicules ont été débarqués. Le 18, la XIXe armée allemande reçoit l'ordre de se replier sur une ligne Sens-Dijon-Suisse.

    En dépit de contre-attaques retardatrices (Draguignan, Barjols, Arles, Apt, etc.), les prévisions de progression sont pulvérisées. La 3e DI suit la RN 7, libère Aix-en-Provence le 21, avant de pousser sur Salon, Arles et Avignon. La 45e ferraille le long de la Durance. La 36e est dirigée vers Sisteron et Grenoble. Elle est précédée par la Task Force Butler, qui, après avoir aidé à la libération de Digne et de Gap, est rabattue vers la vallée du Rhône. Les blindés allemands y livrent un combat d'arrière-garde pour protéger le repli.

    Les affrontements les plus âpres ont lieu dans la Drôme, entre Montélimar et Valence, du 20 au 28 août, alors que les colonnes en retraite, harcelées par les FFI et les avant-gardes américaines, tentent d'échapper à l'aviation alliée qui écrase 2 000 véhicules et 300 pièces d'artillerie. Valence est libérée le 31 août et Lyon le 3 septembre, avec soixante-dix jours d'avance par rapport aux prévisions. La VIIe Armée américaine a parcouru 500 km en deux semaines. En revanche, à l'est, la 1st ABTF, qui doit assurer la protection du corps expéditionnaire, laisse libérer Nice par la Résistance alors que les Allemands se replient sur la frontière italienne, d'où ils ne seront délogés qu'en avril 1945.